J’irai cracher dans la communication

Demain, dans la semaine qui vient au plus tard, je vais sans doute avoir à prendre la plus grande décision de ma courte carrière dans la communication. Stop ou encore ? Est-ce que je persévère dans ce milieu professionnel ou est-ce que je change totalement de voie ? Crachons dans la soupe mes amis ! Ça ne fera qu’ajouter un peu d’épices dans cette mélasse sans saveur.

Frédéric Beigbeder l’a déjà fait pour 99 francs. Pas besoin d’avoir connu le faste de sa carrière pour se rendre compte du métier de merde que c’est. Pas besoin d’avoir pris de la coke sur un tournage ou participé à des réunions sans fin chez Danone pour comprendre comment ça marche. En fait c’est très simple. Il y a des clients qui ont beaucoup d’argent et des agences de communication qui en veulent beaucoup. Le client fait un « brief » (on aime bien l’anglais dans la communication) à l’agence qui va lui en mettre plein les yeux pour espérer gagner de l’argent. Le client aime bien. Il aime qu’on le flatte et qu’on le fasse rêver, tout comme le consommateur. Ce con de consommateur… Mais le client voudrait quelque chose de moins créatif et de plus vendeur pour gagner encore plus d’argent. Alors l’agence fait tout ce qu’il veut car elle a besoin d’argent. Du coup l’agence fait de la merde car le client ne connait rien à la communication et a vraiment des goûts de chiottes. Du coup les créatifs sont frustrés, du coup ils crachent dans la soupe. C’est simple en fait.

Plus de 10 ans que j’officie dans le monde merveilleux de la communication et plus précisément du « Web », et déjà, je me lasse. Toujours cette question entêtante qui revient : à quoi ça sert ? A rien. A vendre. A convaincre qu’il faut consommer. A rassurer. A tromper. A faire rêver surtout. Si au moins ça pouvait servir à informer… Mais non, de moins en moins. L’information s’est mariée avec le divertissement. Maintenant on parle d’ « infotainment ». A l’américaine comme toujours.

Ça fait déjà un moment que je me dis que je serais plus heureux en étant boulanger. Ça c’est un vrai métier ! Utile à la société. Un savoir-faire ancestral, concret, artisanal. Qu’est-ce que j’aime le boulanger quand il sait me servir une bonne vraie baguette de tradition française, faite avec amour et passion. Qui s’intéresse au pubard qui a écrit la signature de la dernière pub L’Oréal ? Franchement ? A part les pubards eux-mêmes ?

Et là j’imagine déjà le boulanger du coin de ma rue, en train de me lire avant de se coucher à 21h49 après une journée de boulot harassante : « Quel trou du cul ce type ! » se dit-il. « Je lui donne volontiers mon boulot moi. Qu’il se lève à 4h du mat’ chaque jour de la semaine, même le dimanche, qu’il refasse chaque jour la même routine enfarinée : croissants, pains aux chocolats, baguettes et pains au levain… Tout ça pour un salaire de merde. » Je sais. J’en ai conscience évidemment. Peut-être le boulanger lui-même rêve depuis des années de poser son cul sur une chaise de bureau, boire du café avec des collègues en discutant de la prochaine réunion. On est tous dans le même bateau. Peu d’entre nous aiment vraiment leur métier. Travailler ça fait chier, on est bien mieux en vacances au bord de la piscine.

Mais il faut envisager un métier dans sa globalité, pas seulement en se focalisant sur l’image qu’on en perçoit, de loin, un peu floue. Le communicant bosse dans un bureau pépère c’est vrai. Personnellement j’arrive en général au bureau entre 10 et 11h du matin. Je suis pas du matin… Je pars le soir entre 19 et 20h, parfois plus tôt quand y’a pas trop de boulot. Ça fait pas des grosses journées il faut l’avouer. Mais personne ne sait ce que je vis chaque jour à l’intérieur, des heures durant. De l’ennui et de la frustration. Comme de nombreux communicants qui ont choisi ce métier en rêvant de créativité, de belles images, de shooting photo au Brésil, de jolis mots bien pensés, d’argent facile… Les gens de la communications sont à 95% des gens frustrés, des gens qui se sont bien fait niquer, avouons-le. On s’est fait prendre à notre propre piège en fait. Quelle ironie ! Les autres, les 5% qui ont le plus de talent, de relations et/ou de couilles, se font plaisir. Mais ça dure jamais longtemps. Le « turnover » est de rigueur dans la communication. On se lasse des gens aussi vite qu’on se lasse des pubs.

A cette frustration et cet ennui il faut ajouter le « stress ». Cette maladie du siècle qui nous ronge. Cette pression qu’on vous met ou qu’on se met à soi-même. Cette compétition quotidienne, cette soif de résultats, ces délais toujours trop courts sans véritable raison tangible. Café, clope, café, clope, réunion, café, clope, café, coup de fil, café, clope, caca. Le communicant va beaucoup aux toilettes. Car le stress, certains le prennent dans les épaules et les cervicales, parfois le dos, mais beaucoup le chopent dans le bide. En tout cas, tous, on en prend plein la tête. Je crois qu’on sous-estime le lien entre le stress et la maladie. Il y a les ulcères, bien connus, le « burnout » évidemment (tiens encore un anglicisme), mais aussi la dépression, les cancers, les accidents cardiaques. Est-ce que ma carrière en vaut bien la peine ? Est-ce qu’il ne vaut mieux pas arrêter avant d’avoir usé mon corps et mon cerveau ?

Il y a pourtant ces êtres étranges qui se complaisent dans leur métier de communicant. Ces types font-ils super bien semblant d’être passionnés ou le sont-ils vraiment ? Comment on fait pour y croire quand on sait ce qu’il y a derrière ? C’est drôle mais à la fois je crois que je les envie et à la fois je ne peux pas m’empêcher de me dire que ces mecs sont des imbéciles. Tout comme je l’ai été avant de me réveiller. Je les vois écrire sur leurs blogs avec passion, dévoiler leur expertise avec enthousiasme, animer une réunion comme s’ils sauvaient le monde. Sont-ils aveugles ? Croient-ils réellement aux mensonges qu’ils déblatèrent ? Ont-ils tellement la tête dans le guidon qu’ils ne voient même plus la route sur laquelle ils roulent, à toute allure ? En tout cas ils semblent heureux, à leur place. C’est peut-être eux qui ont raison.

Mais revenons à notre boulanger. C’est vrai qu’un boulanger gagne moins de thunes, fait un boulot redondant et crevant, mais est-ce qu’il stresse vraiment le boulanger ? Et le plombier ? L’ouvrier ? Je ne parle pas des entrepreneurs qui gèrent leur business et une petite équipe de salariés bien sûr. Leurs soucis sont les mêmes grosso-modo. Je parle plutôt de la petite main d’œuvre. Ceux qui n’ont qu’une seule chose à faire : bien faire leur job. Ces mecs-là ont tout l’espace qu’ils veulent dans leur tête, quand ils rentrent à la maison, pour s’occuper des choses vraiment importantes : l’amour, la famille, les amis. Les gens quoi…

Le stress pompe toute ton énergie. Il te fatigue parfois plus que la fatigue physique. Tu rentres chez toi et tu n’as de place que pour Valérie Damidot ou Les Experts. Tu regardes à peine ta femme qui aurait aimé sentir du désir pour elle dans ton regard plutôt que le désir d’une pizza 4 fromages. Tu cries sur tes mômes pour qu’ils te foutent la paix. Tu te plains, tu racontes la connerie de tes clients et le sale coup de ton collègue vicieux. Tu ne penses qu’à ta gueule.

De toute façon, se regarder le nombril c’est indispensable pour bosser dans la communication. On devrait même le marquer dans nos CVs : « degré d’égocentrisme : 67% ». Alors on s’imagine que l’argent ne fait pas le bonheur. Qu’en fait on est bien mieux avec moins de blé (sauf le boulanger) et moins de soucis. Mais un souci en chasse un autre. En fait le métier idéal n’existe pas vraiment. Il faut juste trouver sa place. Clairement, j’ai pas trouvé la mienne.

Alors, demain peut-être, je vais enfin arrêter de cracher dans la soupe puis la bouffer en avalant tout rond les morceaux. Demain je vais peut-être commencer à vérifier ce que mes rêves de publicitaire m’incitent à faire depuis des mois : « vole de tes propres ailes petit oiseau. Fais ce qu’il te plaît. L’argent tombera bien vite du ciel. » Ah c’est beau de rêver ! C’est ce qui m’aide à me lever le matin. J’espère juste ne pas me tromper de rêves. Il faudra d’ailleurs un jour que je pense à vérifier qu’ils n’ont pas été fabriqués par qui que ce soit d’autre que moi-même.

AXEL BOLU
AXEL BOLU
Auteur ou écrivain (en dilettante), rêveur et égocentrique (à plein temps)
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Showing 2 comments
  • Kevin

    Vous etes de libre de penser que vous etes une merde….;)

    Sauf, les pubards dependent du gars qui a de l’argent.

    Vous etes juste des proletaires du systemes, du comme l’ouvrier qui s’attele a faire une voiture sans trop de defaults….

  • Anonyme

    Kevin… J’ai rien compris à votre commentaire. Est-ce normal ?

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