Le futur du comité de lecture des manuscrits sera robotique

Non ! Mais si ! Mais non ! Mais si ! Je vous jure… Selon le site Actualitte, la maison d’édition numérique Short Edition travaillerait actuellement très sérieusement (avec le soutien de plusieurs laboratoires et une équipe de programmation) à la création d’un programme permettant de sélectionner les manuscrits « de qualité » en amont d’un comité de lecture.

A priori en lisant ça vous avez déjà fait un bond sur votre chaise. Surtout si vous êtes auteur ou passionné de littérature. Si vous êtes un geek vous avez peut-être bondi de plaisir. Mais l’idée n’est pas forcément mauvaise : en réalité, tout dépend ce qu’ils font avec. Le truc, c’est que les innovations les pires qui soient pour notre société n’ont pas toujours initialement été pensées sous un mauvais angle. Ce sont leurs évolutions et exploitations qui les ont faites dévier vers le côté sombre de la force (amis geeks vous êtes toujours là ?). Et là, je crains le pire…

Cet algorithme (c’est comme ça qu’on appelle un programme informatique quand on veut faire intelligent) peut avoir un impact positif s’il permet à plus d’auteurs d’être évalués, donc d’avoir leur chance. En effet, la marché de l’édition est en crise (je ne vous apprends rien). Partant du principe qu’il y a de plus en plus d’auteurs en herbe (les statistiques l’attestent), les éditeurs sont débordés et ne peuvent pas lire et bien juger tous les manuscrits qu’ils reçoivent. Du coup, ils bâclent bien souvent cet aspect de leur métier. C’est l’effet entonnoir du marché de l’édition. Beaucoup d’auteurs, beaucoup de lecteurs (mais de moins en moins – surtout côté romans et encore pire s’ils sont imprimés) et très peu de publications. Les gens lisent tous les mêmes bouquins quoi !

Ces même bouquins d’après lesquels le programme sera réalisé j’imagine… Mais bon restons positif, peut-être que ce robot sera plus intelligent qu’on ne le croit ! On parle bien d’intelligence artificielle, non ? On est donc en droit d’espérer une solution intelligente, non ?

Pour le positif toujours, on peut imaginer que, sur le plan de l’orthographe (et la grammaire et la conjugaison), le programme pourrait être efficace et ne pas trop se planter. A confirmer toutefois… Ces critères de sélection faisant, selon moi, partie d’une base immuable pour toute personne se disant auteur ou écrivain.

Par contre, pour le style, le vocabulaire, la syntaxe et compagnie… Là, permettez moi d’être sceptique. On ne peut pas stigmatiser l’écriture à ce point. Ça serait interdire la créativité, le contre-pied, l’innovation, la provocation… Quid du type qui décide de faire tout un livre sans virgules (ça existe déjà) ? Et celui qui fait de longues phrases alors que la mode est aux phrases courtes ? En gros, avec ce système, aucun éditeur n’aurait pu découvrir Raymond Queneau ou Georges Perec. Quelle tristesse !

Mais le pire, toujours selon moi, c’est qu’avec ce robot littéraire on va très vite se retrouver dans le même schéma que le référencement. Au début les sites web étaient classés à la main par de vrais gens (on parlait alors d’annuaires) puis on a inventé les robots d’indexation (Google and co). On s’est donc retrouvé au beau milieu d’un combat sans fin entre l’algorithme du moteur de recherche d’un côté et les référenceurs de l’autre ; ces professionnels (ou pas) qui apprennent comment déjouer les règles de ces algorithmes afin de se positionner au mieux dans les résultats de recherche. Au détriment, bien souvent, de la qualité des contenus. CQFD.

AXEL BOLU
AXEL BOLU
Auteur ou écrivain (en dilettante), rêveur et égocentrique (à plein temps)
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