Pourquoi je n’ai pas voté le 25 mai 2014

Je n’ai pas voté le 25 mai 2014 surtout par fainéantise. Je pourrais trouver deux ou trois mauvaises excuses bidon pour me justifier, du type « je n’ai toujours pas refait ma carte d’électeur depuis mon déménagement et j’ai été radié de ma précédente municipalité » ou « je suis descendu dans le Sud pour la fête des mères » ou encore « j’ai travaillé toute la journée ». Mais ça n’expliquerait pas la raison pour laquelle je n’ai pas fait les démarches me permettant de contourner ces petits contretemps que le système administratif français a, vous vous en doutez, largement anticipé. J’étais au courant que des élections européennes se profilaient, tout comme je le savais pour les municipales durant lesquelles je n’ai pas voté non plus. Mais je n’ai rien fait. J’ai laissé faire. Et, dans les deux cas, au moment des résultats j’ai regretté. Sans jamais en tirer aucune leçon évidemment.

Et c’est précisément ça qui est intéressant. Dans le fond, pourquoi je fais ça ? Pourquoi je répète ce qui me semble être une erreur, une connerie, un manque de respect total vis-à-vis de la démocratie ? Est-ce que je ne crois plus en elle au point de la gifler chaque fois qu’elle m’appelle aux urnes ?

Oui. Je pense que c’est ça. C’est peut-être inconscient mais ça doit être ça. Je ne crois pas en la politique. Je ne peux même pas écrire « je ne crois plus » car je pense n’y avoir jamais cru. Concrètement, au quotidien, je n’arrive absolument pas à faire le rapprochement entre mes choix dans l’intimité des cabines de vote et la réalité du système dans laquelle je vis. Un peu comme on joue, sans trop vraiment y croire, au Lotto. On ne gagne jamais. Rien ne change jamais. Et si ça change c’est toujours dans le mauvais sens ou presque. Défaitiste ? Oui, un peu, j’avoue. Blasé surtout.

J’ai toujours voté en dilettante. Seulement aux présidentielles et encore… En 2002 je n’avais pas voté au premier tour. J’ai eu très peur et diablement honte. J’ai d’abord courbé l’échine, manifesté puis voté au second tour. Loin d’être un véritable réveil politique, c’était en fait juste un soubresaut, une réaction de rejet comme on se gratte sous l’emprise d’une piqûre. Le FN m’avait piqué et j’ai gratté jusqu’au sang. Puis la plaie a cicatrisé et j’ai oublié la cicatrice. Tout était à refaire.

J’ai voté malgré moi pour Royal puis pour Hollande… Par dépit, jamais par choix. Comment croire en la politique quand aucun programme, aucun parti, aucun leader ne motive vraiment mon vote. Ceux qui me parlent le plus sont toujours écartés du pouvoir à un moment ou à un autre sans avoir vraiment eu le temps d’aller au bout des choses. Lionel Jospin, Olivier Besancenot et même récemment Benoît Hamon, pour qui j’ai encore quelques lueurs vacillantes d’espoir…

« Croire en la politique »… Non mais vous m’entendez ? Comme on croirait en Dieu… Normal que ces hommes ne m’enflamment pas tout comme Jésus ne me persuade pas plus. Je suis un homme concret, un homme de sciences qui aime pourtant les mots plus que les mathématiques. Mais surtout j’affectionne grandement la vérité et l’égalité. Deux valeurs à des kilomètres de la réalité politique au quotidien, même de Gauche.

J’ai trop regardé Arrêt sur Images puis Le Petit Journal. Je suis sceptique. Je ne les écoute plus. Je ne les crois plus. Je ne suis pas le seul. Nous sommes des millions. Nous sommes 56,5 %.

J’y croirais le jour où les politiciens diront la vérité plutôt que de la contourner, la masquer, l’enrober, l’enjoliver et arrondir ses angles qui pourtant ne souffrent aucune érosion. J’y croirais le jour où les politiciens auront conscience de la vie de tous les jours, de celle des pauvres et des classes moyennes aussi, plutôt que de vivre dans des bulles culturelles et économiques élitistes et déconnectées. Comment un décideur perché tout là-haut sur son nuage peut-il comprendre les enjeux de ce qui se passe en bas sur Terre ? Les politiciens sont des dieux. Ils sont tout juste bons à faire la pluie et le beau temps. Qui peut croire qu’ils ont pour ambition de rendre la vie d’en bas meilleure ? Là-haut le soleil brille chaque jour. Pourquoi descendre sous la grisaille ?

« Par conviction politique », diront certains ! Foutaises. Ca aussi j’ai arrêté d’y croire. Les convictions politiques sont mortes dans les années 70 avec le débarquement du capitalisme et du confort moderne. Autre époque, autres priorités. Les convictions d’aujourd’hui sont soit financières soit personnelles. L’individualisme messieurs-dames. Un mal qui nous ronge même au plus profond des partis les plus socialistes. Pire : la quête du pouvoir en motive parfois certains plus que la quête de la monnaie. Quand on est déjà plein aux as, qu’on a déjà 2 Rollex à chaque bras, l’argent n’a plus la même saveur. Alors on se trouve de nouvelles passions.

Ceux qui pourraient sortir la tête de l’eau sont malheureusement très vite étouffés par les autres. La bonté, la générosité, l’honnêteté,  l’ouverture : des valeurs qui n’ont pas leur place en politique. Ceux qui pensent convaincre avec ces arguments (et des compétences et du travail par ailleurs, cela va de soi) ne vont jamais très loin. Très vite des obstacles se dressent. Très vite des stratégies de communication se mettent en place. Très vite il faut faire des concessions et rentrer dans le moule. A trop forcer sa forme naturelle la céramique a tôt fait de se briser. Ne filtrent que le plastique et le caoutchouc : ces matières souples et malléables, reines du consensus. Ou alors les plus coriaces, ceux qui abusent de leur pouvoir. Ni l’un ni l’autre ne me motivent à me déplacer aux urnes.

On n’emporte les foules qu’avec conviction, passion, honnêteté et travail.

Messieurs les politiciens, mais vous aussi, messieurs les votants, messieurs les engagés et autres donneurs de leçons*, si j’ai un conseil à vous donner : travaillez d’abord sur la vérité, travaillez d’abord sur vous-même. Oubliez la communication et remettez-vous au travail. Trouvez des solutions, faites des propositions, prenez des risques et des décisions. Rencontrez les gens et écoutez-les, vraiment. Laissez tomber l’ENA, Polytechnique ou Sciences Po. Apprenez sur les bancs de la vie. Dites les choses telles qu’elles sont. C’est comme ça que vous motiverez les gens à vous suivre.

En tout cas c’est comme ça que vous me motiverez à voter. Charge ensuite à moi de me mettre un sérieux coup de pied au cul. Chacun son job.

* EDITION DU TEXTE A POSTERIORI :

La phrase en gras est vraiment bof, voire maladroite. Je ne souhaitais pas dénigrer l’action de voter. Bien au contraire. Etant donné la réaction de certains lecteurs, par respect pour leur démarche, je tenais à le signaler. De même pour les personnes engagées politiquement. Ce n’est clairement pas mon truc de prendre une carte d’électeur, donner un peu de sous, lâcher quelques hourras sur les meetings et distribuer des flyers. Le tout pour un parti dont j’ignore tout des agissements, des financements et dont les actions sont trop souvent décalées du programme. Mais le fait de s’engager politiquement n’est pas critiquable, c’est même plutôt positif. C’est surtout les gens de pouvoir qui m’agacent. Leurs actes bien sûr mais leurs motivations plus que tout. J’ai fait un petit amalgame maladroit, motivé par quelques remontrances idiotes sur FB et dans les médias. La démocratie et le civisme : il faut en parler et c’est dangereux de trop s’en éloigner. Mais le fond du débat c’est le déclin de l’engagement politique et les raisons qui en sont à la source. Ce passage est donc déplacé, sous le coup de la colère, et ne reflète pas très bien mon opinion (j’aurais mieux fait de me relire à froid avant de publier). Je souhaitais surtout critiquer les « classes dirigeantes » comme on dit. A bon entendeur…

AXEL BOLU
AXEL BOLU
Auteur ou écrivain (en dilettante), rêveur et égocentrique (à plein temps)
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