Une bonne nouvelle

12 ans, 18 jours, 8 heures, 32 minutes et 11, 12, 13, 14 ,15 secondes… Le décompte depuis la dernière bonne nouvelle reçue commençait à devenir un peu ennuyeux. Max attendait sagement depuis tout ce temps, le cul vissé sur sa chaise de bureau en skaï. Il scrutait chaque jour Facebook, Twitter et compagnie, il relevait son courrier, il observait longuement son smartphone qui persévérait dans un cruel mutisme. Mais rien ne bougeait. Parfois, il se surprenait à rafraîchir son navigateur web toutes les 10 secondes, au cas où quelqu’un annoncerait quelque chose. Toujours rien. Max était désespéré.

Max attendait que la vie lui fasse signe. Entreprendre quelque chose pour générer lui-même un peu de bonheur – sorte de DYY (« Do Yourself Yourself ») – c’était trop compliqué, trop risqué. Et puis tous ces petits bouts de bonheur que le quotidien sait vous proposer, Max n’en avait que faire. C’était bon pour ces petites personnes qui se contentent de peu. Max attendait un max de choses de la vie.

Alors Max attendait que le bonheur déboule en cabriolet. Il attendait sur le bord de la route qu’un autre accède enfin au bonheur que lui-même convoitait sans jamais y avoir cru une seule seconde. Il avait signé au Monde entier une procuration pour vivre à sa place. C’était triste mais il s’était fait à cette idée avec le temps.

En attendant, max travaillait. Il était rédacteur pour un service digital de création de contenus à la demande. Des gens le payaient pour rédiger des textes au kilomètre. Souvent au détriment de la qualité, du moment qu’il sortait ses 3 000 signes à l’heure, en moyenne. S’il faisait 30 000 signes dans la journée il touchait une prime. Alors Max écrivait. Souvent n’importe quoi. La priorité consistait à éviter les fautes de français et répondre au « brief ». La forme primait (la productivité aussi). Le fond, c’était presque anecdotique. Alors Max écrivait. Il frappait si frénétiquement les touches de son clavier qu’il devait en changer chaque année autour du mois de Mars, avec le printemps. Il envisageait sérieusement d’investir dans un clavier en bois massif de chez Ora (il hésitait entre érable et merisier) aperçu dans sa boutique « geek » préférée.

Un lundi matin de bonne heure, max travaillait sur une brève concernant le « Big Data » : ce phénomène technologique et médiatique auquel personne ne semble rien comprendre. Mais peu importe. Chacun sait qu’il s’agit d’une véritable révolution. Tout comme le « Cloud » en son temps. Ce lundi-là, max reçut un e-mail. Pas un spam, ni une newsletter, ni une notification d’un quelconque réseau social facétieux. Un véritable e-mail écrit par une personne vivante ayant dans l’idée de communiquer avec lui. Il s’agissait d’une fille qu’il avait connue il y a six ou peut-être sept ans. Mathilde. Max avait eu un réel coup de cœur pour elle. Mathilde travaillait juste à côté de lui à la rédaction de 25 Minutes, un site d’information gratuit débordant de publicités et de publireportages.

Excité comme un bleu qui reçoit sa première réponse sur Meetoc, Max ouvrit le mail et lut.

« Mon cher Max.

J’espère que tu vas bien. Depuis le temps… Tu es marié ? Tu as des enfants ? Tu vis en Australie ? Tu as enfin publié ton roman ? Dis-moi tout !

Moi je suis mariée (qui l’aurait cru ?), j’ai deux petites filles et je vis à Narbonne.

Sinon, je t’écris pour savoir si tu aurais les coordonnées de James. Tu sais le rédac-chef de 25 Minutes. Un poste se libère chez nous (j’ai été embauchée à Sud Est) et je pense qu’il serait parfait.

Donne-moi des news.

Je t’embrasse.

Mathilde ».

Ce texte très court (on parle parfois de micro-nouvelle) a été improvisé en 20 minutes, presqu’en écriture automatique, sur la simple base du titre puis très légèrement retouché surtout dans la forme et le moins possible dans le fond. Ça vaut ce que ça vaut. C’est certainement moins qualitatif qu’un texte vraiment travaillé, en prenant le temps de bien faire les choses, mais personnellement j’apprécie cet exercice très ludique.

AXEL BOLU
AXEL BOLU
Auteur ou écrivain (en dilettante), rêveur et égocentrique (à plein temps)
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